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Analyse des effets d’une approche de changement comportemental sur la perte de poids chez des adultes en surcharge pondérale

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Analyse des effets d’une approche de changement comportemental sur la perte de poids chez des adultes en surcharge pondérale

Dr AKE N'cho, MD, MPH

Introduction

La morphologie corporelle fait référence à la forme générale du corps humain et est déterminée par la répartition des masses osseuses, musculaires et graisseuses. Elle est influencée par des facteurs génétiques et n'est pas modifiable, contrairement à la silhouette qui varie avec le poids, la taille et le volume de certaines parties du corps comme l’abdomen, la hanche, les fesses, les cuisses, etc. La silhouette est donc l’image renvoyée par la forme du corps et est intimement associée à la corpulence qui elle met en rapport le poids sur la taille d’une personne. Et cette corpulence est une caractéristique importante, voire essentielle du jugement sur l’apparence corporelle d’une personne dans la société. Ainsi les écarts de l’aspect morphologique corporel, pouvant être jugé comme excessif, font que la recherche d’une corpulence idéale est devenue une véritable obsession sociale qui ne laisse de place à aucune dérive. Parmi ces dérives dues à un excès de masse corporelle se trouve en tête de peloton, la surcharge pondérale composée du surpoids et de l’obésité qui sont en nette expansion.

De nos jours, la surcharge pondérale, de par sa fulgurante progression et de ces nombreuses complications, est devenue un véritable problème de santé publique dans le monde entier. En 2022, l’OMS estimait que 43% des personnes âgées de 18 ans et plus étaient en surpoids et 16% étaient obèses. Dans la même période, en France, selon la “Ligue Contre l’Obésité” la prévalence du surpoids était de 30,3% et celle de l’obésité de 17%. En 2014, dans une communauté villageoise ivoirienne, une enquête rapportait que la prévalence de l’obésité était de 14,8%. Et de façon générale, la prévalence de l’obésité a presque doublé ces 30 dernières années avec actuellement plus d’un demi-milliard d’obèses dans le monde. Une telle progression pourrait s’expliquer par le fait que des personnes vivant dans des conditions socioculturelles similaires peuvent évoluer dans le même sens. A ce sujet, des enquêtes successives ont pu mettre en évidence une augmentation de la prévalence de l’obésité au fil du temps, et ce phénomène est connu sous le nom d’effet période. En plus, des individus de la même génération ont nécessairement connu des conditions de vie comparables depuis leur naissance qui pourraient avoir affecté leur état de santé à l’âge adulte de façon similaire, cet effet est connu pour être la cohorte de naissance. Ces données épidémiologiques montrent bien que la surcharge pondérale a pris l’allure d’une véritable pandémie dont la progression exponentielle explique l’urgente nécessité d’étudier sa distribution dans les communautés afin de mettre en œuvre des actions permettant de lutter contre son extension.

Cette situation particulièrement alarmante nécessite des actions concrètes de terrain pour contrer la progression de ce fléau d’envergure mondial. Notre objectif était de mettre en œuvre une intervention basée sur un changement de comportement pouvant favoriser une perte de poids chez des personnes en surcharge pondérale fréquentant le centre de santé urbain à base communautaire (CSU Com) d'Aboboté (Abidjan, Côte d’ivoire) et de décrire les facteurs associés à leur état.

Méthode

Cette étude interventionnelle qui s’est déroulée pendant le second semestre de l’année civile 2025, a enregistré la participation volontaire et éclairée de 117 personnes en surcharge pondérale et âgées de 18 ans et plus.

Les participants ont accepté de se soumettre à un programme de perte de poids par une approche de changement comportemental passant par un triple effort concernant l’alimentation, l’activité physique et les habitudes de vie.

  • L’effort alimentaire consistait à suivre un régime hypocalorique dans lequel la portion alimentaire devait être réduite progressivement jusqu’à l’atteinte, si possible, de la moitié de la portion initiale. Il fallait aussi la diminuer progressivement jusqu’à atteindre la moitié des qualités initialement consommées en lipides, en sucre et en amidon (féculents). Il était notamment convenu de remplacer les quantités d’aliments réduites par cette restriction par des fruits et légumes.
  • L’effort physique consistait à pratiquer une activité physique d’intensité modérée, pendant au moins 30 mn par jour, 3 à 4 fois par semaine, de façon régulière.
  • Et le changement des habitudes de vie portait sur les mauvais comportements alimentaires, tels que le grignotage, la consommation de sucreries et de produits ultra-transformés de l’industrie agro-alimentaire, l’hyperphagie, la boulimie, la consommation nocturne de nourritures, etc. Ce changement s’étendait aussi au style de vie, notamment la sédentarité, la fréquentation de fastfoods et de certains restaurants servant de grandes portions de nourritures hypercaloriques, l’amélioration de la qualité du sommeil, l’arrêt de la prise de nourritures devant les écrans (TV, portable…), etc.  

Cette intervention a duré 20 semaines avec une évaluation chaque 10 semaines. L’évaluation consistait à calculer l’IMC, mesurer le tour de taille et de la hanche.

L’IMC a été calculé comme le poids en kilogrammes divisé par la taille au carré, ainsi le surpoids a été défini par un IMC ≥ 25 kg/m² et l’obésité par un IMC ≥ 30 kg/m². L’obésité, en fonction de la grandeur de l’IMC, a été subdivisée en plusieurs classes telles que l’obésité modérée ou classe I (IMC ≥ 30 kg/m² à IMC < 35 kg/m²), la sévère ou classe II (IMC ≥ 35 kg/m² à IMC < 40 kg/m²), la pathologique ou morbide ou classe III (IMC ≥ 40 kg/m²) et même la superobésité quand l’IMC dépassait les 50 kg/m².

Selon la morphologie, il a été identifié trois types d’obésité, à savoir l’obésité androïde, la gynoïde et la mixte. L’obésité androïde avec un risque métabolique et cardiovasculaire très élevé a été définie par un tour de taille supérieur à 94 cm pour l’homme et 80 cm pour la femme. L’obésité gynoïde a été définie par un rapport tour de taille sur tour de hanche inférieur à 0,80 chez la femme ou à 0,95 chez l’homme. Et l’obésité a été considérée comme mixte par la coexistence de l’obésité androïde et gynoïde chez la même personne.

Résultats  

      I- Avant l’intervention (observation initiale)

Notre étude a rapporté que :

  • l’âge moyen des participants était de 43 ans (ET = 10,8 ans) ;
  • 87,2% étaient des femmes ;
  • près de la moitié était du secteur informel et du ménage (40%) ;
  • les sujets inclus dans cette étude avaient un poids moyen de 101,1 kg (ET = 17,1 kg) ;
  • avec une taille moyenne de 1,64 m (ET = 0,1 m) ;
  • un IMC moyen de 37,5 kg/m2 (ET = 6 kg/m2) ;
  • des antécédents médicaux étaient mentionnés chez 2% des participants, parmi lesquels on notait 52% d’HTA, 22% de pathologies ostéoarticulaires (lombarthroses et gonarthroses), 17% de pathologies respiratoires (essentiellement de l’asthme) et 9% de diabètes de type 2.
  • Parmi les personnes en surcharge pondérale ayant participé à notre étude, 3,4% étaient en surpoids et 96,6% étaient obèses.

Chez les personnes obèses, on distinguait :

  • 38,1% en obésité modérée (obésité de classe I) ;
  • 34,5% dans un état d’obésité sévère (obésité de classe II) ; et
  • 27,4% souffrants d’une obésité pathologique (obésité morbide ou de classe III) parmi lesquels il a été relevé 5 cas (4,4%) d’obésité avec un IMC de plus de 50 kg/m2 correspondant à une catégorie rare d’obésité connue aux USA comme la superobésité.

L’obésité se déclinait en plusieurs topographies, à savoir :

  • 86,2% d’obésités androïdes ;
  • 0,9% d’obésités gynoïdes ; et
  • dans 12,9% des cas l’obésité avait une topographie mixte, à la fois androïde et gynoïde.

          1- Analyse de la corpulence selon le sexe

La corpulence se distribuait différemment selon le sexe des participants et l’enquête a rapporté que :

  • l’âge moyen était de 42,2 ans (ET = 10,9) pour les femmes contre 48 ans (ET = 8,7) pour les hommes ;
  • le poids moyen était de 100,3 kg (ET = 17,7) pour les femmes contre 105,9 kg (ET = 11,4) pour les hommes ;
  • la taille moyenne était de 1,62 m (ET = 0,06) pour les femmes contre 1,76 m (ET = 0,09) pour les hommes ;
  • l’IMC moyen était de 38,1 kg/m2 (ET = 6,1) pour les femmes contre 34,1 kg/m2 (ET = 4) pour les hommes, avec une différence statistiquement significative (p<0,0001) ;
  • l’obésité touchait 97,1% des femmes contre 93,3% des hommes, avec une différence statistiquement significative (p<0,0001) ;
  • l’obésité était androïde chez 89,2% des femmes contre 60% chez les hommes ;
  • elle était gynoïde seulement chez les femmes à hauteur de 2% ; et
  • mixte chez 8,8% des femmes contre 40% chez les hommes.

          2- Obésité et facteurs socioprofessionnels

Le niveau d’étude des participants à notre enquête suivait une distribution superposable avec 35,5% de répondants ayant arrêté les études au niveau primaire, 30,2% au secondaire et 34,5% ayant poursuivi des études supérieures. Les participants ayant fait des études supérieures avaient un IMC moyen de 35,9 kg/m2 (ET = 5,1) et celui de ceux ayant arrêté les études aux niveaux primaire et secondaire était de 38,4 kg/m2, avec une différence statistiquement significative (p<0,0001).

L’analyse de l’état de corpulence selon la profession trouvait que l’IMC moyen des personnes du secteur informel et du ménage était de 37,6 kg/m2 (ET = 5,5) contre 37,5 kg/m2 (ET = 6,2) pour l’ensemble des autres professions, avec une différence qui, statistiquement, n’est pas significative (p=0,9).

          3- Obésité et mode de vie

Il est largement admis que le mode de vie influence énormément la corpulence et dans notre enquête, nous avons cherché à identifier les indicateurs du mode de vie qui sont associés à la surcharge pondérale. Parmi les éléments du style de vie qui influencent la surcharge pondérale, nous avons pris en compte la consommation d’alcool, le tabagisme, l’activité physique, la qualité de l’alimentation, la consommation de boissons sucrées et le grignotage. Ainsi, notre enquête a rapporté que :

  • la consommation d’alcool concernait moins de la moitié des participants (47,4%). Cette consommation était à prédominance masculine (66,7% d’hommes contre 44,6% de femmes) avec une différence non significative (p>0,1).
  • les consommateurs d’alcool ont un IMC moyen de 37,1 kg/m2 contre 37,9 kg/m2 pour les non consommateurs, avec une différence non significative (p>0,08).
  • le tabagisme ne concernait que moins de 2% des participants.
  • l’activité physique n’était pratiquée que par 14,5% des personnes interrogées et aucune n’avait déclaré atteindre les 150 mn par semaine.
  • le souci de la qualité des aliments consommés était évoqué par 38,5% des participants.
  • la quasi-totalité des personnes interrogées consommait de la sucrerie (84%) et s’adonnait au grignotage (83%).

          4- Surcharge pondérale et âge

L’IMC moyen des participants âgés de 18 à 24 ans était de 33,9 kg/m2 (ET = 3,4) contre 37,7 kg/m2 (ET = 6) pour les plus de 25 ans, avec une différence non significative (p>0,13).

     II- Après l’intervention

Le taux de rétention des participants de notre cohorte était de 18,8% à 10 semaines de suivi et de 5,1% à la 20ème semaine.

A 10 semaines de suivi, le taux de rétention était de 20% pour les participants de sexe masculin et de 18,6% pour les femmes, avec une différence non significative (p=0,89). Au terme de cette période, le programme d’amaigrissement a permis d’obtenir une baisse moyenne de poids de 4,6 kg, soit 4% du poids moyen initial. L’IMC moyen a chuté de 1,6 kg/m2, soit 3,7% de l’IMC moyen initial. Dans notre intervention une seule personne a atteint les 5% de perte du poids initial au bout des 10 semaines de suivi, soit 6,3%.

Au terme de la 20ème semaine de suivi, le taux de rétention était tombé à 13,3% pour les participants de sexe masculin et de 4% pour les femmes, avec une différence toujours non significative (p=0,13). Le poids moyen perdu pendant les 10 premières semaines a été repris en totalité au bout de la 20ème semaine ramenant le poids moyen des participants étant restés jusqu’à la fin de ce programme à leur moyenne de poids avant cette intervention. Au terme des 20 semaines qu’a duré notre programme d’amaigrissement, 66,7% des participants ont franchi les 5% de perte de leur poids initial et une seule personne a atteint les 10% de perte du poids initial, soit 16,7%.

Quels commentaires appellent ces résultats

L’enquête menée sur la corpulence des patients ayant consulté dans ce centre de santé ne s’était intéressé qu’aux personnes en surcharge pondérale, c’est-à-dire les sujets en surpoids et les obèses. Notre intervention a enregistré une très faible participation de personnes en surpoids (3,4%). Cette faible participation pourrait s’expliquer par le manque d’intérêt qu’ont ces sujets pour une nécessité de maigrir, car ils trouvent qu’ils ne courent aucun danger avec leur corpulence. Une enquête marocaine rapportait aussi que la grande majorité des femmes ayant participé à leur étude, soit plus des trois quarts, étaient satisfaites de leur poids et désiraient le maintenir, pourtant, presque la moitié de ces femmes étaient obèses.

Nous avons relevé dans notre investigation que 52% des personnes en surcharge pondérale étaient hypertendues. Aussi une étude rapportait que l’obésité pouvait être responsable de 78% des cas d’hypertension artérielle chez les hommes et de 65% des cas chez les femmes.

Dans notre étude 22% des personnes en surcharge pondérale présentaient des pathologies ostéoarticulaires (lombarthroses et gonarthroses). Les facteurs de risque de l’arthrose peuvent être classés en facteurs modifiables et non modifiables, locaux ou systémiques, et l’obésité en est un des plus connus. Une méta-analyse a confirmé l’association entre IMC et gonarthrose, indiquant que son augmentation de 5 kg/m2 était associée à une augmentation du risque de gonarthrose de 35%, avec une prédominance féminine.

Nous avons rapporté 17% d’asthmatiques parmi les participants à notre programme d’amaigrissement. Pour ces personnes, il est à craindre une aggravation de leurs crises d’asthme, car plusieurs études s’accordent pour dire que l'obésité aggrave l'asthme, du fait que le tissu adipeux produit des substances inflammatoires pouvant irriter les bronches, augmentant ainsi l'hyperréactivité bronchique.

Chez les personnes investiguées, 9% présentaient un diabète non insulinodépendant. Une étude canadienne rappelait qu’on estimait que de 80 % à 90 % des personnes atteintes de diabète de type 2 étaient en surcharge pondérale.

Dans notre enquête, l’obésité touchait nettement plus les femmes que les hommes, avec une différence statistiquement significative. Une étude togolaise trouvait également que l’obésité était significativement prédominante chez les femmes. Cette obésité était significativement plus importante chez les femmes probablement pour plusieurs raisons, dont l’une pourrait être la perception de l’image du corps de la femme par les femmes elles-mêmes. En effet, les résultats d’une étude réalisée en Afrique du Sud révélaient que 69% des femmes ont associé l’insuffisance pondérale avec des personnes infectées par le VIH et plus d’un tiers d’entre elles préféraient être dans la catégorie des sujets en surpoids avec 31% qui pensaient qu’une surcharge pondérale représentait un signe visible de bonne santé. Une enquête rapportait que cette perception de la corpulence de la femme serait même encouragée en Afrique de l’ouest, par les différents concours de beauté mis en place pour valoriser et promouvoir la beauté de la femme africaine voluptueuse tels que Miss Awoulaba en Côte d’Ivoire, Miss Diongoma au Sénégal et Reine Hanan au Bénin. Au Mali, une étude a montré que la montée de l’obésité était rendue possible dans une couche de la population composée de femmes scolarisées, par l’atteinte d’un certain seuil de ressources alimentaires utilisées à des fins de valorisation sociale de la corpulence forte, dans un contexte de modes de vie liées à l’urbanisation.

Les participants à notre intervention pour l’amaigrissement qui avaient fait des études supérieures avaient un IMC moyen significativement plus bas (35,9 kg/m2) que ceux qui avaient arrêté les études aux niveaux primaire ou secondaire (38,4 kg/m2). Différentes études internationales s’accordent pour dire que l’obésité et d’autres états morbides diffèrent significativement en fonction du niveau d’études, et sont plus élevées chez les sujets ayant un faible niveau d'études. Aussi est-il largement admis que moins un individu est diplômé, plus il a de chances d'être obèse et que les moins diplômés sont les plus corpulents, avec des écarts plus importants dans la population féminine.

Dans nos investigations, le rapport de la corpulence à la profession montrait que les personnes du secteur informel et du ménage, le plus souvent caractérisées par un niveau d’étude faible et des revenus modestes, étaient plus en surcharge pondérale que les personnes de l’ensemble des autres professions. Cependant, il faut noter que dans notre étude, la différence observée entre les IMC n’était pas statistiquement significative.  En France, la “Ligue Contre l’Obésité” rapportait des résultats superposables, où la corpulence était également liée à des facteurs socioprofessionnels, suivant une corrélation négative avec le niveau de qualification de la profession. En plus, une enquête a montré que la hiérarchie de la corpulence selon le type de profession restait inchangée de telle sorte qu’il y a toujours moins d'obèses chez les cadres que chez les ouvriers ou les agriculteurs et que les disparités entre ces catégories se sont même nettement accrues.

Dans notre étude, on ne notait pas de différence significative dans la consommation d’alcool entre les hommes et les femmes. Une étude québécoise rapportait aussi une absence de différence significative entre les hommes et les femmes pour la consommation d’alcool. Cette consommation d’alcool ne semblait pas avoir influencé l’état de corpulence. Comme dans notre enquête, une étude togolaise trouvait que l’obésité n’était pas significativement corrélée à la consommation régulière d’alcool.

Moins de 15% des personnes interrogées dans notre enquête s’adonnaient à des activités physiques et aucune n’avait déclaré atteindre les recommandations de l’OMS pour l’activité physique, soit 150 mn par semaine. Une étude algérienne rapportait que la majorité (78%) des enfants en surpoids ne pratiquait aucune activité physique. À l’échelle mondiale, 23% des adultes et 81% des adolescents (âgés de 11 à 17 ans) ne satisfont pas aux recommandations mondiales de l’OMS sur l’activité physique pour la santé. Si le niveau recommandé n’est pas atteint, une quantité inférieure d’activité physique serait néanmoins bénéfique pour la santé en générale et en particulier pour la perte de poids.

La consommation de sucreries et le grignotage étaient retrouvés chez la quasi-totalité des personnes de notre étude. Une enquête algérienne mentionnait que les enfants en surpoids étaient plus nombreux à  grignoter plus souvent des aliments riches en glucides et en lipides.

Le taux de rétention de notre cohorte était très faible, moins de 20% à 10 semaines et seulement 5% à la 20ème semaine. Le taux de suivi dans les études de cohorte sur l'obésité varie généralement entre 60% et plus de 90%, le maintien des participants étant critique sur le long terme. Des taux de rétention élevés sont nécessaires pour mesurer avec précision l'évolution de l'IMC, qui augmente souvent avec l'âge. Par exemples, les taux de réponse étaient de plus de 70% dans une cohorte étudiant l’obésité en France. Ce faible taux de rétention observé dans notre intervention pourrait s’expliquer par le fait que les participants à ce programme de perte de poids ne se sont pas réellement engagés pour l’atteinte de leur objectif d’amaigrissement.

En plus, la durée de notre intervention était à peine de 20 semaines pendant que plusieurs essais randomisés comparant l’effet d’un régime alimentaire sur la perte de poids s’étaient étendus sur 26 à 52 semaines.

Notre programme de perte de poids a enregistré une chute pondérale de moins de 5 kg à la 10ème semaine, pendant que plusieurs essais cliniques randomisés portant sur la perte pondérale chez des sujets sous un régime de restriction alimentaire perdaient près de 8 kg sur 6 mois de suivi. Ce constat montre bien qu’une durée suffisamment longue permettant l’inscrire du programme de perte pondérale dans un temps assez long reste favorable à l’atteinte d’une perte de poids significative et surtout au maintenir du poids obtenu.

Au total, après 20 semaines, seulement 5 personnes sur les 117 participants au programme de perte de poids ont franchi le niveau de 5% de perte de leur poids initial et une seule a atteint la barre des 10%. Il est largement admis que la plupart des programmes de perte de poids ont des résultats à long terme décevants même pour une perte de poids de 5 à 10% du poids initial qui, même si elle est déjà efficace en termes de santé, reste souvent décevante en regard des attentes des patients.

Conclusion

La mise en œuvre de ce programme de perte de poids a été pour nous une expérience hautement instructive sur la problématique de la surcharge pondérale. Elle nous a permis de comprendre que le chemin pouvant mener à un amaigrissement significatif et satisfaisant est pavé d’énormes et multiples obstacles qui nécessitent d’être franchis afin de s’offrir une corpulence compatible avec une bonne santé. L’engagement du sujet en surcharge pondérale et celui de tous les acteurs possibles et imaginables sont nécessaires pour la poursuite de ce défi. La diffusion de toutes les connaissances et méthodes de perte de poids qui ont fait la preuve de leur efficacité à travers la sensibilisation des communautés est nécessaire dans nos sociétés caractérisées par une disparité socio-économique prononcée.

De façon spécifique, il faut s’attarder sur les groupes socio-économiques défavorisés qui sont confrontés à de nombreux obstacles dans le choix d’une alimentation saine et équilibrée, la pratique d’activités physiques et le changement de comportement compatible avec une bonne santé. Pour cette catégorie de personnes, le plus souvent majoritaire, une action multisectorielle est nécessaire pour leur offrir une chance d’échapper au violent souffle de l’obésité. Aussi est-il nécessaire de comprendre comment l'obésité contribue aux inégalités sociales et dans quelles mesures les communautés pourraient mieux soutenir les groupes les plus exposés. Car, à dépense alimentaire constante, il est toujours possible de trouver une combinaison alimentaire compatible avec une bonne santé. De tels soutiens devraient permettre à tout un chacun, quel que soit son statut socio-économique, d’avoir une accessibilité, tant financière que géographique, à des soins de qualité acceptable pour la prévention et la prise en charge de la surcharge pondérale.

C’est le lieu de rappeler que l’état, les organismes de santé publique et la communauté médicale ne font pas suffisamment d’efforts pour résoudre le problème de l’obésité. Il est donc nécessaire d’enseigner aux professionnels de la santé les principes de prise en charge de l’obésité fondés sur des données qui ont fait la preuve de leur efficacité pour qu’ils puissent comprendre, offrir et appuyer des méthodes d’amaigrissement saines. Les personnes souffrant de surcharge pondérale cherchent souvent désespérément des solutions et sont susceptibles d’être exploitées. Il est donc temps de prendre au sérieux l’enjeux de la lutte contre l’obésité afin de mettre un terme à la souffrance de toutes les personnes concernées par cette pandémie qui risque, fort bien, de conduire notre civilisation à une catastrophe majeure.

Recommandations

Au terme de cette intervention, il nous semble nécessaire et surtout utile de faire les recommandations suivantes :

1- Aux organisations supranationales (OMS, FAO…)

  • Coordonner et diffuser des connaissances scientifiques validées sur la surcharge pondérale ;
  • Elaborer des politiques et des normes s’attaquant aux environnements obésogènes pour les débarrasser de tous leurs composants favorisant la prise de poids ;
  • Apporter une aide aux pays en développement par une assistance technique et financière pour la mise en œuvre des programmes de lutte contre l’obésité ;
  • Soutenir la recherche et l’innovation dans le domaine de la lutte contre la surcharge pondérale ;
  • Mener des actions concrètes sur le terrain pour freiner l’avancée de l’obésité.

2- Aux pouvoirs politiques nationaux

  • Elaborer et mettre en œuvre des politiques publiques (réglementation, fiscalité…) pouvant influencer les habitudes de vie ;
  • Faire la promotion de la santé, de l’activité physique et de l’éducation nutritionnelle par des campagnes de sensibilisation ;
  • Améliorer la prise en charge médicale et sociale par le remboursement total ou partiel des soins, le soutien aux obèses, la formation continue du personnel de santé, etc.
  • Financer la recherche scientifique et faire la surveillance épidémiologique pour contrôler l’évolution de l’obésité.

3- Aux décideurs régionaux et locaux

  • Intervenir sur l’environnement alimentaire en réglementant la publicité, privilégiant les produits locaux, mettant en place des normes nutritionnelles, etc. ;
  • Promouvoir l’activité physique par un aménagement urbain favorable et le soutien aux initiatives locales comme les associations sportives, de marche, de vélo, de course à pied, etc. ;
  • Sensibiliser et éduquer par l’information, la communication, etc. ;
  • Renforcer la prise en charge de l’obésité.

4- Aux établissements de soins de santé

  • Faire le diagnostic et l’évaluation initiale des cas de surcharge pondérale ;
  • Elaborer un plan de prise en charge personnalisé ;
  • Organiser les interventions médicales, le suivi du sujet en surcharge pondérale et prévoir une prise en charge multidisciplinaire, si nécessaire.

5- Aux ONG

  • Sensibiliser et éduquer les populations sur l’obésité ;
  • Offrir un soutien aux personnes obèses ;
  • Mener des plaidoyers et des actions politiques pour exercer la pression nécessaire sur les décideurs politiques ;
  • Financer la recherche, la documentation et mener des actions de terrain.

6- Aux agents de santé et d’éducation communautaire (ASC)

  • Porter l’information à la communauté en les sensibilisant sur la problématique de l’obésité ;
  • Dépister et suivre les personnes en surcharge pondérale ;
  • Faire la promotion de l’activité physique et de l’alimentation saine et équilibrée ;
  • Offrir un soutien psychologique et établir un lien avec les établissements de santé.

7- Aux membres de la famille et de l’entourage

  • Être à l’écoute et avoir de l’empathie pour les personnes en surcharge pondérale ;
  • Créer un environnement sain et encourageant ;
  • Offrir un accompagnement adapté à l’obèse.

8- Aux personnes en surcharge pondérale

  • Améliorer l’alimentation en la rendant saine et équilibrée ;
  • Se mettre résolument à l’activité physique qui doit être régulière ;
  • Adopter un comportement compatible avec une bonne santé ;
  • Viser un objectif de perte de poids raisonnable ;
  • Et par-dessus tout s’engager pour une perte de poids à long terme.

NB : Notre intervention ne souffre d’aucun conflit d’intérêt.

Sincères remerciements à tous les participants à ce programme et encouragement à toutes les personnes en surcharge pondérale et qui cherchent désespérément une solution, car l’espoir existe.

Publié par :

Dr AKE N'cho, MD, MPH

tel : (+225) 01 03 48 7555 / 07 48 344 589

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2 commentaires

KOFFI Olivier

Très bonne étude qui nous permet de prendre conscience des effets du surpoids sur notre santé et surtout le plus important comment y rened

Lourdes

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